Écrit par : Villardouin CERSINE; Journaliste d'investigation
E-mail : cersine09@gmail.com
À Fort-Liberté, Nord-Est, autorités éducatives, cadres du ministère, inspecteurs, enseignants et acteurs de la société civile se sont réunis autour d’un même objectif : repenser en profondeur le système éducatif haïtien, améliorer la gouvernance scolaire, garantir l’accès équitable à l’éducation, renforcer la formation des enseignants et poser les bases d’une école capable de résister aux crises structurelles qui fragilisent l’avenir de milliers d’élèves.
Le 15 janvier 2026, la Direction Départementale de l’Éducation du Nord-Est a lancé à Fort-Liberté les « assises de la refondation nationale du système éducatif », un rendez-vous présenté comme stratégique pour l’avenir de l’école haïtienne. Autour de la table, responsables éducatifs, représentants du ministère de l’Éducation nationale, membres de la société civile, partenaires techniques et financiers, ainsi que des journalistes, ont répondu à l’appel pour réfléchir à une réforme devenue urgente.
Dans son allocution d’ouverture, le directeur départemental de l’Éducation du Nord-Est, Luckner Mompremier, a posé un diagnostic sans détour. « Le système éducatif haïtien traverse une crise profonde marquée par l’inégalité d’accès, la faiblesse des infrastructures et le manque criant de formation des enseignants », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité de transformer ces assises en un espace de solutions concrètes et durables, et non en un simple exercice de discours.
Le représentant du ministère de l’Éducation nationale, le professeur Jean-Rouzier Claircidor, a, pour sa part, rappelé la responsabilité de l’État dans cette refondation. Selon lui, « la réforme du système éducatif doit s’appuyer sur une gouvernance claire, une planification rigoureuse et une meilleure coordination entre le niveau central et les directions départementales », tout en réaffirmant l’engagement du ministère à accompagner les recommandations issues des travaux.
Les échanges se sont poursuivis avec l’intervention de l’inspecteur du Bureau de district scolaire (BDS) d’Ouanaminthe, Rousseau Cheristil, qui a mis l’accent sur les réalités du terrain. « Les écoles fonctionnent souvent sans moyens, avec des enseignants insuffisamment encadrés et des élèves livrés à eux-mêmes », a-t-il souligné, appelant à une réforme qui tienne compte des spécificités locales du Nord-Est.
Des ateliers de travail ont ensuite permis aux participants de confronter leurs expériences et leurs propositions autour de deux axes majeurs : la gouvernance éducative haïtienne et l’accès à l’éducation. Les débats, parfois vifs, ont révélé un consensus sur la nécessité de moderniser l’administration scolaire et de renforcer les mécanismes de contrôle et de suivi.
Au fil des discussions, les participants ont également insisté sur l’importance de l’inclusion, de la formation continue des enseignants et de la création d’un environnement scolaire propice à l’apprentissage. Pour beaucoup, la refondation du système éducatif passe par un investissement massif dans le capital humain et matériel.
La journée s’est achevée par une synthèse des recommandations, mettant en lumière des priorités claires : amélioration des infrastructures scolaires, renforcement de la formation pédagogique, meilleure répartition des enseignants et implication accrue des communautés locales dans la gestion des écoles.
Mais au-delà des déclarations et des engagements, une réalité persistante s’impose : l’éducation dans le département du Nord-Est reste extrêmement vulnérable. Faute d’infrastructures scolaires adéquates, de nombreuses écoles fonctionnent dans des conditions précaires. Plus grave encore, dans les classes de 3e et de lycée, l’absence de professeurs qualifiés compromet la continuité des cours et hypothèque l’avenir académique des élèves. Tant que ces failles structurelles ne seront pas corrigées, la refondation du système éducatif haïtien demeurera un chantier fragile, suspendu entre volonté politique et urgence sociale.
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