Fort-Liberté, Nord-Est/Justice : la prison de l’oubli, miroir d’une justice en panne dans le Nord-Est. - ExplosionInfo

ExplosionInfo

Le Réseau de l'Information dans le département du Nord-Est d'Haiti.

Post Top Ad

Fort-Liberté, Nord-Est/Justice : la prison de l’oubli, miroir d’une justice en panne dans le Nord-Est.

Share This
Écrit par : Villardouin CERSINE; Journaliste d'investigation 
E-mail : cersine09@gmail.com 


Surpopulation carcérale, détentions préventives prolongées, mineurs incarcérés sans structure adaptée, condamnés maintenus derrière les barreaux malgré l’exécution de leur peine : le Centre Nord-Est de Défense des Droits Humains tire la sonnette d’alarme et dénonce l’effondrement silencieux de l’appareil judiciaire dans le Nord-Est d’Haïti, où la prison civile de Fort-Liberté est devenue le symbole d’une justice lente, vulnérable et décriée par la population.


Ouanaminthe, Nord-Est, ce Jeudi 8 Janvier 2026__Dans une interview accordée au journal Explosioninfo le jeudi 8 janvier 2026, le coordonnateur du Centre Nord-Est de Défense des Droits Humains et de la Plateforme Nationale pour le Progrès des Droits Humains (CENEDDH/PNPDH), Maître Narcès LOUIS, dresse un tableau alarmant de la situation à la prison civile 1 de Fort-Liberté. Selon lui, les conditions de détention sont largement en deçà des normes humaines et juridiques. L’établissement carcéral accueille actuellement 370 détenus, alors que lors d’une audience correctionnelle spéciale organisée en décembre dernier, seulement 25 prisonniers ont pu recouvrer leur liberté.
Parmi ces détenus, 329 hommes n’ont toujours pas été jugés et croupissent en détention préventive prolongée. Certains sont poursuivis pour meurtre, association de malfaiteurs, crimes, vols ou viols. Mais d’autres, souligne Maître LOUIS, ont déjà été jugés, ont même purgé l’intégralité de leur peine, sans pour autant être libérés. Plus grave encore, plusieurs prisonniers n’ont jamais comparu devant leur juge naturel, une violation flagrante des principes fondamentaux de la justice.


Le coordonnateur du CENEDDH/PNPDH révèle également que 15 hommes sont toujours incarcérés alors qu’ils ont déjà exécuté leur peine. Ces condamnations concernent notamment des affaires de meurtre, d’association de malfaiteurs, de viol et d’autres infractions graves. Une situation qui, selon les organisations de défense des droits humains, témoigne d’un dysfonctionnement profond dans le suivi judiciaire et administratif des dossiers pénaux.


La population carcérale féminine n’est pas épargnée par ces dérives. À la prison civile de Fort-Liberté, trois femmes ont été condamnées, tandis que deux autres sont toujours détenues sans avoir été jugées. Là encore, Maître Narcès LOUIS dénonce une justice à deux vitesses, incapable de garantir des délais raisonnables et le respect des droits fondamentaux des détenues.


La présence de mineurs derrière les barreaux constitue l’un des aspects les plus préoccupants de cette crise. Huit garçons et deux filles, soit un total de dix mineurs, sont actuellement incarcérés à la prison civile de Fort-Liberté, alors qu’aucune structure pénitentiaire spécialisée pour mineurs n’existe dans le département du Nord-Est. Une situation jugée inacceptable par les défenseurs des droits humains, qui alertent sur les conséquences sociales et psychologiques de l’enfermement des enfants dans un environnement carcéral inadapté.


Face à cette réalité, le responsable des droits humains du Nord-Est appelle le juge d’instruction chargé du dossier de l’ancien magistrat d’Ouanaminthe, Luma Demetruis, ainsi que de son directeur José Laguerre, à accorder une liberté provisoire à ces derniers. Selon Maître LOUIS, leur statut d’anciens responsables publics et l’existence d’un domicile privé justifient cette mesure, le juge pouvant les convoquer à tout moment si nécessaire. Il plaide également pour une liberté provisoire en faveur du pasteur Moïse Joseph, de la directrice départementale du MTPTC Nord-Est, l’ingénieure Theresa Horderline Altenord, de Mme Michel Adrien Gaston et de plusieurs autres détenus.



Au-delà des cas individuels, Maître Narcès LOUIS interpelle le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) et le pouvoir central, les exhortant à renforcer d’urgence l’appareil judiciaire dans le Nord-Est. Le département souffre d’un manque criant de juges, de greffiers et de moyens logistiques pour traiter les dossiers dans des délais raisonnables. L’opacité des procédures, la lenteur judiciaire et l’absence de transparence alimentent la colère populaire. Pour une grande partie de la population, la justice du Nord-Est est perçue comme vulnérable, inefficace, voire « vendue ». Une perception lourde de conséquences, dans un contexte où l’État de droit peine déjà à s’imposer, et où la prison de Fort-Liberté reste le symbole d’un système judiciaire à bout de souffle.

ExplosionInfo Médias Actualités 

TRADUIRE

Post Bottom Ad

Pages