E-mail : cersine09@gmail.com
Entre exil temporaire et dérives autoritaires, le chef du parquet de Port-de-Paix Jeïr Pierre sort de ses gonds après des révélations sur l'existence d'une milice privée à sa solde. Depuis l'étranger, le magistrat promet l'arrestation spectaculaire de Myrlantha Majuste, vedette de Radio Télé Clean FM, ravivant le spectre de la censure et des persécutions contre la presse en Haïti.
Port-de-Paix, Nord-Ouest, ce jeudi 5 mars 2026---L'alerte vient des réseaux sociaux, mais l'écho fait trembler le Nord-Ouest d'Haïti. Plusieurs enregistrements audios, publiés sur la page Facebook de la journaliste Myrlantha Majuste, exposent la fureur de Jeïr Pierre, Commissaire du gouvernement de Port-de-Paix. Dans ces extraits sonores, l'homme de loi ne cache pas son animosité envers l'animatrice de l'émission « Triye » diffusée sur Radio Télé Clean FM, utilisant un ton d'une rare violence pour un représentant du ministère public.
Actuellement hors du territoire national, le commissaire Jeïr Pierre a choisi la voie de la menace transfrontalière. Il affirme avec véhémence qu'à son retour au pays, il procèdera personnellement à l'arrestation de la journaliste, promettant de la traiter « comme un crabe mal aux oreilles ». Pour justifier cette offensive judiciaire annoncée, le magistrat soutient qu'il dispose de plusieurs chefs d'accusation « solides » qui, selon ses dires, scelleront le sort de la travailleuse de la presse.
À l'origine de ce déchaînement de colère : des révélations gênantes. Myrlantha Majuste affirme que la situation a dégénéré lorsqu'elle a commencé à dénoncer la présence d'un groupe de jeunes hommes armés opérant dans la ville. Selon la journaliste, ces individus, bien qu'ils ne fassent pas partie des effectifs officiels de la Police Nationale d'Haïti (PNH), obéiraient directement aux ordres du commissaire. Une « police parallèle » dont l'existence même dérange les plus hautes sphères du parquet local.
Face à la pression, la journaliste a révélé une tentative de corruption visant à étouffer l'affaire. Elle soutient que le commissaire Pierre aurait tenté, par le biais d'intermédiaires, d'acheter son silence pour faire cesser ses chroniques critiques. « Je ne suis pas à vendre », a martelé Myrlantha Majuste, transformant ce conflit personnel en un symbole de résistance éthique face à des autorités locales de plus en plus contestées pour leurs méthodes expéditives.
Cette affaire soulève une question cruciale : la liberté d'expression est-elle en sursis à Port-de-Paix ? Cette dérive autoritaire survient alors que la Constitution de 1987, socle de la démocratie haïtienne, consacre en son article 28 le droit inaliénable de chaque citoyen à exprimer ses opinions. La Loi mère interdit formellement toute censure préalable, garantissant aux journalistes le droit d'informer sans crainte de représailles étatiques, tout en protégeant le secret de leurs sources.
Pourtant, près de quarante ans après l'adoption de ce texte fondamental, la réalité du terrain dément les principes juridiques. La mission de la presse — former, informer et divertir — se heurte de plein fouet à l'insécurité galopante et à l'arrogance de certains dirigeants. Le cas de Myrlantha Majuste illustre la vulnérabilité des professionnels de l'information qui, en pointant du doigt les dysfonctionnements de l'État, deviennent les cibles prioritaires de ceux-là mêmes censés faire respecter la loi.
Dans les rues de Port-de-Paix comme dans la capitale, l'indignation grandit. La population s'interroge sur l'impunité dont jouissent certains cadres administratifs, plus prompts à traquer les voix dissidentes qu'à poursuivre les véritables auteurs de la crise sécuritaire qui paralyse le pays. Alors que le commissaire Jeïr Pierre annonce son retour avec fracas, c'est toute la crédibilité du système judiciaire haïtien qui se retrouve, une fois de plus, sur le banc des accusés.
ExplosionInfo Médias Actualités

