E-mail: cersine09@gmail.com
Dans un climat de confrontation ouverte avec la Primature autour du futur décret électoral, le CEP a mis à pied de manière conservatoire Uder Antoine, soupçonné de double jeu politique et introuvable depuis 24 heures.
PORT-AU-PRINCE —Nouveau coup de théâtre au sommet de l'État en Haïti. Déjà plongé dans une profonde crise institutionnelle, le Conseil électoral provisoire (CEP) vient de franchir un cap dans l'escalade en interdisant, ce mercredi 3 juin 2026, l'accès à ses locaux à son propre directeur exécutif, Uder Antoine. Cette mesure conservatoire, d'application immédiate et « jusqu'à nouvel ordre », s'apparente à une véritable déclaration de guerre interne.
Nommé le 14 avril dernier, Uder Antoine est désormais au cœur d'une tempête politique majeure. Son nom circule avec insistance dans les médias de la capitale comme le favori du gouvernement pour le poste de directeur général de la Primature. Dans le contexte actuel de bras de fer entre l'exécutif et le CEP sur le contrôle du processus électoral, cette potentielle nomination fait peser de lourds soupçons sur sa loyauté institutionnelle.
Le déclencheur de cette mise à l'écart brutale est cependant plus pragmatique : l’absence inexpliquée de l'intéressé. Selon les membres du Conseil, le directeur exécutif est resté totalement injoignable au cours des dernières 24 heures, sans motif valable. Face à ce qu'il qualifie de désertion, le CEP a choisi de trancher dans le vif. Signé à Pétion-Ville par plusieurs conseillers, l'acte officiel se veut une « mesure d'encadrement provisoire » visant à protéger l'intégrité de l'institution, et non une révocation formelle.
Cette purge interne intervient 24 heures seulement après que le CEP a publiquement dénoncé le projet de décret électoral que tente de lui imposer le Premier ministre. En écartant Uder Antoine, le Conseil tente manifestement de verrouiller ses lignes face aux tentatives d’ingérence de l’exécutif et de stopper une hémorragie politique interne avant que la machine électorale ne devienne totalement incontrôlable.
Le mirage démocratique face au chaos global
Cette énième crise de palais pose une question fondamentale, presque absurde au vu de la réalité du terrain : peut-on réellement parler d’élections en Haïti ? Alors que la communauté internationale feint de croire à un retour imminent aux urnes, le pays s'enfonce chaque jour davantage dans un abîme multidimensionnel. Sous la coupe réglée de gangs armés qui contrôlent la majeure partie de la zone métropolitaine, l'insécurité chronique interdit toute campagne électorale ou déploiement de bureaux de vote.
À ce chaos sécuritaire se superpose une paralysie politique totale, où les institutions s'entre-déchirent pour des parcelles de pouvoir vacant, tandis que l'économie, exsangue, maintient la population dans une précarité extrême. Organiser un scrutin crédible dans un tel paysage relève aujourd'hui de l'illusion pure ; le naufrage actuel du CEP n'est que le miroir d'un État failli où le processus démocratique semble être devenu un luxe inaccessible.
ExplosionInfo Médias Actualités

