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Un peuple écrasé et purgé par ses propres dirigeants: Aberration ou Absurdité?

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Je vis dans un pays englué dans la misère et la violence. C’est journellement que mon cœur entend le cri du pauvre peuple. Le cri du pauvre d’Haïti traverse les cieux pour rejoindre les oreilles de Dieu. Un cri qui exprime solitude et souffrance, déception et exclusion, mais également désir d’espérance. 

Je ne cesse de me demander: le peuple haïtien doit-il être, toute sa vie, abandonné à son misérable sort ou doit-il être secouru? Quand un pauvre crie, le Seigneur n’entend-il pas ?».

FAIRE ROUTE AVEC LE PEUPLE

Je suis témoin aux côtés de mon peuple pour reconnaitre que vivre en Haïti est quasi corvéable. Car le mal de vivre ou de survivre des millions d’Haïtiens, s’est aggravé de jour en jour au lieu de trouver des réponses satisfaisantes. Les meurtris – manquant de tout – sont exposés à tous les dangers. J’entends les cris « au secours » des domiciliés des trottoirs et des bidonvilles de mon pays, du nord au sud, de l’est à l’ouest. 

Mes yeux se lassent de voir trop d’enfants se traîner sur les chemins d’Haïti pour ensuite mourir dans l’indignité. 

J’ai dit un jour : Trop d’enfants innocents sont torturés et martyrisés par la faim. Trop d’hommes et de femmes – de nos bidonvilles et  de nos quartiers populaires – insultés par le manque d’amour et de pain. Trop de personnes devenues des rebutés sur qui nous fermons les yeux. 

Trop de citoyens et de citoyennes enchaînés vivants aux ténèbres de nos méchancetés et de nos injustices. Trop de jeunes, sans éducation-instruction, sans avenir, sans vêtements, sans logis, sans personne à qui recourir. Trop de pauvres, laissés-pour-compte dans ce pays prédateur de la vie, tombeau de la foule anonyme. N’ont-ils pas le droit de célébrer la vie et éprouver la joie de vivre ?
 
Il m’arrive souvent de me demander : pourquoi tant de douleurs, tant de misères et tant de cris? N’est-ce pas là que Dieu lui-même se fait visage?

DÉNONCER UNE VIOLENCE POLYMORPHE ET PROTÉIFORME
 
Nous vivons dans un climat de violence. Il y a la violence dans le domaine économique par suites de crises aiguës et de détournement de fonds par des dignitaires; des dévaluations monétaires répétées, du chômage planifié et du coût social élevé que paient les plus pauvres et les sans-protection. Il y a la violence sur le plan politique, car le peuple est privé du bien-être démocratique; il y a violations graves des droits de l’homme par la pratique inhumaine des enlèvements et des assassinats. 

Il y a la violence qui s’exerce sur les institutions morales et éducatives du pays. Il y a la violence psychologique s’exerçant sur le mental de la population dans diverses tentatives d’abêtir le peuple. Il y a une violence sociale où l’injustice devient une loi incontournable de réussite pour les gouvernants et d’anéantissement total pour le peuple.
 
Le peuple haïtien vit beaucoup d’épreuves. Des êtres humains – tenaillés par les péripéties de la vie – appellent au secours. Des milliers de parents inquiets et déstabilisés par les souffrances de leurs enfants et leurs petits-enfants, pris dans l’étau de la délinquance juvénile. Ils sont plusieurs millions, abattus par la faim, défigurés par la misère et, pour cause, meurent quotidiennement, goutte à goutte. Ils sont plusieurs millions, victimes de la pauvreté matérielle, du kidnapping, des guerres fratricides, des luttes intestines, des catastrophes, des aléas naturels, de la famine, des épidémies. 

Ils sont plusieurs milliers de personnes à mourir aujourd’hui encore du choléra; plusieurs millions, victimes de la destruction de l’environnement; plusieurs millions, victimes du trafic d’êtres humains; plusieurs milliers à être vendus tel un bétail. Certains sont contraints à la domesticité, tandis que d’autres sont tranchés et leurs organes sont vendus pour l’entretien de la santé des riches.
 
 
AIDER LE PEUPLE À SE TENIR DEBOUT 
 
La population – avec les deux jambes plantées dans la réalité – lutte en vain pour l’électricité, l’eau, le pain, les soins de santé, la nourriture, le logement, l’éducation, etc.  Avec une population majoritairement misérable, une culture de mort s’installe et hypothèque tout l’avenir. Car de la pauvreté matérielle la population est tombée dans la misère émotionnelle voire existentielle. Pataugeant, pour ainsi dire, dans une confusion totale, la population crie sa désolation. La population crie au secours.

Cependant, malgré sa détresse et son impuissance devant tant de besoins élémentaires non satisfaits, elle n’entend pas céder à la fatalité ni au défaitisme.  Elle fait le choix de se tenir debout, parce qu’elle est animée d’une espérance qui la fera passer au travers les bas-fonds de la vie.

 SOLIDAIRE DU PEUPLE DE LA MISÈRE 

Je me fais solidaire de toutes les personnes, pataugeant dans la misère, la solitude et l’isolement.

Ainsi, il m’incombe la mission de faire tout ce dont je suis capable pour aider les pauvres d’Haïti à être affranchis de la misère, à trouver plus sûrement leur subsistance, la santé, un emploi, à être plus instruits et être à l’abri des situations qui offensent leur dignité. De la sorte, chaque Haïtien aura l’opportunité d’être l’artisan principal de son devenir en humanité. Il le réalisera dans un processus d’« avoir plus » et d’ « être plus ».

 P. J. CHARLES, OMI

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