"Détention préventive prolongée dans le département du Nord-Est : une grave violation des droits humains dans les prisons, selon Louis Narcès, coordonnateur du Centre Nord-Est de Défense des Droits Humains (CENEDDH)." - ExplosionInfo

ExplosionInfo

Le Réseau de l'Information dans le département du Nord-Est d'Haiti.

Post Top Ad

"Détention préventive prolongée dans le département du Nord-Est : une grave violation des droits humains dans les prisons, selon Louis Narcès, coordonnateur du Centre Nord-Est de Défense des Droits Humains (CENEDDH)."

Share This
Insécurité Par : Villardouin CERSINE ;Journaliste d'investigation.
E-mail : cersine09@gmail.com 


Derrière l’expression édulcorée « détention préventive prolongée » se cache en réalité une grave violation des garanties judiciaires des personnes ainsi incarcérées. Ces personnes sont privées de liberté – bien qu’elles soient toujours présumées innocentes, puisqu’en attente de jugement – certaines jusqu’à dix ans. Il est donc mieux avisé de parler de « détention arbitraire et illégale » pour désigner l’emprisonnement d’individus en contravention avec les délais légaux. (1) Cette situation tire sa source dans l’incapacité des autorités judiciaires à traiter les dossiers dans un délai raisonnable. De ce fait, un retard considérable est accumulé dans la plupart des dossiers et certains d’entre eux sont même égarés, sombrant ainsi dans l’oubli.


Fort-Liberté Nord-Est, ce jeudi 31 juillet 2025----Louis Narcès, coordinateur du Centre Nord-Est de Défense des Droits Humains (CENEDDH/PNPDH), a déclaré lors d'une interview accordée à la presse ce jeudi 30 juillet 2025, qu'il dénonce avec force le fait que plusieurs centaines de prisonniers se trouvent en détention préventive prolongée à la prison civile de Fort-Liberté après avoir passé plus de six à sept mois sans comparaître devant leur juge naturel.

Louis Narcès, qui a effectué une visite à la prison civile de Fort-Liberté le 14 juillet 2025, a déclaré que la population carcérale y était de 393 prisonniers, répartis comme suit :

• Hommes en détention : 357
• Hommes condamnés : 17
• Femmes en détention : 8
• Femmes condamnées : 3
• Mineurs garçons en détention : 3
• Mineurs garçons condamnés : 2
• Mineures filles en détention : 1
• Mineures filles condamnées : 0
• Décès : 0

Louis Narcès a rapporté que plusieurs prisonniers avec lesquels il a parlé décrivent leur situation comme un enfer ; ils vivent dans des conditions extrêmement difficiles à la prison civile de Fort-Liberté.

Concernant les droits humains dans le département du Nord-Est, Louis Narcès demande à l'État haïtien de porter attention aux conditions des prisonniers, qui souffrent de malnutrition. Ils ne reçoivent pas de nourriture suffisante et ne sont alimentés qu'une fois toutes les 24 heures avec une petite portion de bouilli. Les prisonniers rapportent souffrir de diarrhées et de douleurs abdominales intenses, et ils n'ont pas accès à des soins médicaux adéquats.

La prison haïtienne n’est pas seulement un lieu de détention arbitraire. Bien que la grande majorité des détenus soient dans une situation juridique irrégulière, ils subissent souvent une « double violation » lorsqu’ils séjournent entre les murs de la prison, en raison des conditions extrêmement difficiles auxquelles ils sont soumis. Dans un témoignage qu’il a livré au journal Explosion Info, l’ex-détenu jean Junior Alfonse ne mâche pas ses mots : « La prison est un enfer. […] Dans ma cellule, je me réveillais parfois à côté de cadavres. »

De janvier à juin 2025, face à une telle crise, certains n’hésitent pas à qualifier les centres de détention haïtiens de « prisons-mouroirs ». Bien que plus de 80 % des prisonniers aient moins de 40 ans, plusieurs d’entre eux tombent malades ou décèdent en raison des conditions inhumaines et dégradantes de détention (malnutrition, insalubrité, soins de santé défaillants, etc.). À cet égard, il convient de souligner que la population carcérale excède de près de 400 % la capacité d’accueil maximale des établissements pénitentiaires.

À l’occasion de déplacements sur le terrain, j’ai eu l’opportunité de visiter quelques établissements pénitentiaires. C’est une expérience troublante mais nécessaire pour comprendre l’ampleur de la situation. Les détenus sont généralement entassés les uns sur les autres dans des cellules en béton d’où émane une odeur nauséabonde. Les gardiens, impuissants, côtoient la détresse humaine des personnes dont ils ont la charge.

À chacune de mes visites en prison, l’Ensemble des règles minimales pour le traitement des détenus (Règles Nelson Mandela) m’est inévitablement venu à l’esprit. Adoptées à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations Unies en décembre 2015, les Règles Nelson Mandela définissent les conditions de détention permettant de garantir le respect des droits fondamentaux des détenus (hygiène personnelle, taille des cellules, loisirs, contacts avec le monde extérieur, etc.).

"Nous avons remarqué que, malgré le grand nombre de prisonniers dans la prison civile de Fort-Liberté, cela n'empêche pas les autorités judiciaires d'organiser des audiences criminelles sans l'assistance d'un jury pour voir s'ils peuvent libérer certains prisonniers. À l'heure actuelle, la presse ne sait pas encore s'il y a des prisonniers qui ont été libérés, ni s'il y en a qui ont été condamnés."


Explosioninfo Médias Actualités 

TRADUIRE

Post Bottom Ad

Pages