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Alors que le Conseil Présidentiel de Transition tente d’avancer à marche forcée vers l’adoption d’un décret électoral présenté comme la clé d’un retour à l’ordre constitutionnel, le pays demeure paralysé par une insécurité débridée, des milliers de déplacés internes, l’effondrement des services sociaux et un profond désarroi populaire, soulevant des interrogations majeures sur la capacité réelle de l’État et du CPT à organiser des élections crédibles, sûres et inclusives dans un territoire où même la circulation des citoyens et des biens reste compromise.
Port-au-Prince, Haïti : À l'issue d’une séance de travail tenue ce vendredi 28 novembre entre les membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), le Gouvernement s'est réuni en Conseil de gouvernement en vue d'examiner à fond le projet de décret électoral.
S'il faut croire les participants, cette rencontre permet aux Ministres de prendre connaissance du texte, en vue de faciliter son adoption le plus vite que possible lors du prochain Conseil des Ministres.
Dans leur communication interne, plusieurs conseillers du CPT ont insisté sur l’urgence de doter le pays d’un cadre légal clair pour organiser les prochaines échéances électorales. Selon eux, l'absence de règles précises freine non seulement la planification du scrutin, mais entretient également un climat de méfiance entre les acteurs politiques. L’adoption rapide de ce décret est présentée comme une étape indispensable pour sortir Haïti de l’impasse institutionnelle.
Les discussions ont également porté sur la logistique électorale, un défi majeur dans un pays où de vastes zones restent sous contrôle de groupes armés. Le gouvernement reconnaît que la distribution du matériel, l’identification des centres de vote et la sécurisation du déroulement du scrutin nécessiteront une coordination exceptionnelle entre les forces publiques, les autorités locales et les organismes spécialisés.
Au cours de la réunion, plusieurs ministres auraient évoqué la nécessité d’un dialogue renforcé avec les partis politiques, les organisations de la société civile et les plateformes régionales, afin de garantir la crédibilité et l'inclusivité du processus. Le CPT souhaite éviter de répéter les erreurs du passé, où des décisions unilatérales avaient précipité contestations et violences post-électorales.
Les membres du gouvernement ont également discuté de l’implication indispensable de la communauté internationale, notamment pour l’appui technique, le renforcement sécuritaire et l’accompagnement institutionnel. Sans soutien extérieur, ont-ils admis, la tenue d’élections dans les délais envisagés resterait hautement improbable, vu l’état de dégradation du pays.
Par ailleurs, le CPT a affirmé vouloir travailler sur un plan de communication destiné à rassurer la population. L’objectif : convaincre un peuple épuisé par les crises successives que ce processus électoral ne sera pas un exercice cosmétique, mais bien une tentative réelle de reconstruire la gouvernance nationale et de restaurer la légitimité démocratique.
Enfin, plusieurs conseillers ont souligné que la réussite de ce projet dépendra autant de la volonté politique que de la capacité du gouvernement à améliorer, même légèrement, les conditions sécuritaires et socio-économiques du pays avant la tenue des élections. Sans une amélioration tangible du quotidien, préviennent-ils, l’appel aux urnes risque d’être perçu comme une manœuvre déconnectée des réalités des Haïtiens.
Mais pendant que le CPT s’affaire à peaufiner un décret électoral présenté comme la porte de sortie, la réalité du pays demeure implacable : des quartiers entiers sont livrés aux gangs, plus de 300 000 personnes vivent comme déplacés internes, des familles survivent sans eau ni électricité, et les services publics s’effondrent. Dans un tel chaos, peut-on sérieusement parler d’élections alors que même se rendre à l’école ou au marché relève de l’exploit ? Le peuple haïtien attendait du CPT des actes concrets pour soulager sa souffrance quotidienne ; il n’a pour l’instant reçu que des réunions, des promesses et des décrets en préparation. Tant que l’État restera incapable de protéger la population, la perspective d’un scrutin crédible ne sera qu’une illusion administrative dans un pays qui ne parvient même plus à garantir la vie de ses citoyens.
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