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Port-de-Paix, Nord-Ouest : la mairie souillée, un geste d’exécration contre le maire Josué Alusma

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Politique 
Par: rédaction 
E-mail : cersine09@gmail.com 


Sous le feu de critiques incessantes pour corruption, mauvaise gestion et autoritarisme, le maire principal Josué Alusma voit la colère populaire atteindre un seuil symbolique ultime avec la profanation des bureaux municipaux, tandis qu’il est accusé de recourir à la justice pour museler les journalistes qui documentent ses agissements et que la ville peine à se relever de catastrophes naturelles aggravées par la négligence des autorités locales.


Port-de-Paix (Nord-Ouest) le 9 décembre 2025 – Un acte de dégoût et de colère a visé l’institution municipale de Port-de-Paix. Ce lundi 8 décembre, jour de la fête de la patronne de la ville, des inconnus ont souillé de matières fécales le bâtiment abritant la mairie, ses portes et son mobilier. Ce geste d’une violence inédite intervient dans un contexte de protestations croissantes contre l’administration du maire principal Josué Alusma, au pouvoir depuis dix ans, et cristallise un profond mécontentement populaire.

La profanation est l’expression radicale d’un ras-le-bol généralisé. Depuis des semaines, la ville est régulièrement paralysée par des mouvements de protestation. Récemment, des centaines de chauffeurs de moto-taxi sont entrés en grève pour dénoncer un projet de taxe de 38 dollars sur les gilets d’identification, perçu comme une nouvelle tentative d’extorsion d’un maire accusé de corruption. Les manifestants décrivent une décennie de mauvaise gestion, de négligence et d’enrichissement personnel, pointant une ville sale où les ordures s’accumulent et les canaux sont obstrués.

Au-delà des accusations de corruption financière, Josué Alusma est vivement critiqué pour son autoritarisme et ses tentatives de réduire au silence ses détracteurs. Des journalistes de la ville affirment que le maire, en complicité avec des juges, a fait lancer des mandats d’arrêt contre trois d’entre eux : Doreste Yvener, Majuste Myrlantha et Paul Élie. Cette intimidation judiciaire viserait directement ceux qui enquêtent sur les malversations qui lui sont attribuées, une méthode qui n’est pas sans rappeler les pratiques dénoncées au plus haut niveau de l’État haïtien.

Les journalistes concernés lancent un appel pressant aux associations de presse haïtiennes et aux organisations de défense des droits humains. Ils dénoncent une tentative d’intimidation visant à faire taire toute voix critique, dans une ville où, selon eux, le maire exerce un pouvoir jugé excessif et opaque. Ils estiment être poursuivis non pour des faits criminels, mais pour avoir dénoncé des pratiques de corruption attribuées au maire principal de Port-de-Paix.


L’inaction et la négligence de la municipalité ont des conséquences tragiques et tangibles. La colère populaire n’est pas seulement politique, elle est nourrie par un abandon quotidien. Port-de-Paix peine toujours à se remettre des inondations catastrophiques de décembre dernier, qui avaient affecté plus de 2700 personnes. Les travaux de déblaiement avancent lentement et des quartiers entiers restent ensevelis sous la boue et les détritus, dans l’indifférence des autorités locales accusées de ne pas avoir visité les sinistrés. Cette incurie aggrave les risques environnementaux dans une ville où les canaux sont obstrués, promettant de nouvelles catastrophes lors de la prochaine saison des pluies.
Toujours selon ces témoignages, la gestion municipale serait marquée par une corruption généralisée, que certains habitants estiment représenter « 90 % » de son bilan.


Ce n’est pas la première fois que Josué Alusma est associé à des affaires judiciaires troubles. En 2018, un mandat d’amener avait été émis contre lui dans le cadre de l’enquête sur l’accident mortel d’un de ses collègues, Tony Vernio. Bien que ce mandat ait ensuite été annulé, le parquet avait fait appel et la procédure n’est pas classée. En juin 2019, il a de nouveau échappé de justesse à une tentative d’arrestation par le commissaire du gouvernement pour des charges incluant l’association de malfaiteurs et la destruction de biens publics. Ces antécédents dessinent le portrait d’un homme politique habitué à naviguer au bord de la légalité.

Face à la multiplication des scandales et des mobilisations réclamant son départ, le maintien de Josué Alusma à son poste interroge sur les forces qui le soutiennent. La population et les observateurs locaux soupçonnent que son poste aurait été « acheté » et que le Ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales refuserait de le démettre, illustrant l’ancrage profond des réseaux de corruption qui minent Haïti, classé 168e sur 180 pays par Transparency International.


Dans une ville laissée à l’abandon, où les cris de détresse se heurtent au silence de l’État et où la seule réponse des autorités face à la contestation est l’intimidation judiciaire, le geste ignoble de souiller la mairie apparaît moins comme un acte de vandalisme que comme le reflet désespéré d’une population à qui l’on a tout pris, y compris sa dignité. La permanence de Josué Alusma, malgré une défiance aussi crue et un bilan aussi calamiteux, symbolise l’impunité qui corrode les institutions haïtiennes et condamne ses citoyens à n’avoir d’autre recours que l’exécration.

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