CROSE et une trentaine d’organisations sociopolitiques et de la société civile proposent « Une transition de rupture fondée sur la souveraineté des territoires » pour éviter le vide institutionnel du 7 février 2026.
Jacmel (Sud-Est), 21 janvier 2026 -
Face à l’impasse politique, sécuritaire et institutionnelle que traverse Haïti, la Coordination Régionale des Organisations du Sud-Est (CROSE), accompagnée de plus de trente (30) organisations du Sud’Est et du grand Sud , a présenté à Jacmel un document stratégique intitulé « Réveil territorial 2026-2027 : Vers une transition de rupture par la souveraineté des départements ».
Ce document de travail, rendu public le 19 janvier 2026, se veut une alternative structurée à l’échec du système politique centralisé et à la paralysie du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), dont le mandat arrive à terme le 7 février 2026. Selon ses auteurs, sans un accord inclusif et crédible, le pays risque de basculer dans un nouveau vide institutionnel aux conséquences imprévisibles.
Un constat sévère : État paralysé, insécurité généralisée et crise humanitaire
Dans leur diagnostic, la CROSE et ses partenaires dressent un tableau alarmant de la situation nationale. Ils dénoncent l’échec répété des gouvernements de transition, minés par des luttes partisanes, un déficit de légitimité constitutionnelle et une corruption endémique.
Sur le plan sécuritaire, le document évoque une asphyxie quasi totale, marquée par le contrôle de la majeure partie de la zone métropolitaine de Port-au-Prince par des gangs armés, l’enclavement des départements à cause de la coupure des routes nationales, ainsi qu’un choc humanitaire caractérisé par des déplacements massifs de population, des déportations et une insécurité alimentaire classée au niveau d’urgence.
Les départements sont également présentés comme les « parents pauvres » de la République, victimes d’une concentration excessive des ressources publiques dans l’Ouest, au détriment des provinces.
Une transition de rupture fondée sur la souveraineté des territoires
Pour répondre à cette crise multidimensionnelle, la CROSE propose une transition de rupture, fondée sur la cogestion politique et la souveraineté territoriale. Le projet repose sur quatre axes majeurs :
• une gouvernance technique et réduite,
• une sécurité territoriale décentralisée,
• une décentralisation financière réelle,
• et un processus électoral souverain démarrant par les collectivités locales.
Au cœur de ce dispositif figure la création d’un Organe de Contrôle de la Transition (OCT), composé de onze membres, dont un représentant par département et un de la diaspora. Cet organe, issu de forums citoyens départementaux, aurait pour mission de contrôler l’action gouvernementale et de participer au choix des principales autorités de la transition.
Un exécutif bicéphale et un gouvernement resserré
Le document propose également un exécutif bicéphale, conforme à l’esprit de la Constitution de 1987 amendée, avec un président issu de la Cour de cassation et un Premier ministre haut fonctionnaire de carrière. Le gouvernement serait réduit à douze ministères, dans une logique de rationalisation et d’efficacité.
Un mécanisme strict de vetting est prévu pour toutes les nominations, basé sur la compétence, l’intégrité et la neutralité politique.
Sécurité territoriale, justice de proximité et apaisement social
La sécurité constitue l’un des piliers centraux du Réveil territorial. La CROSE préconise la mise en place d’un Plan de Sécurité Territoriale, appuyé par des Conseils de Sécurité Départementaux (CSD), associant autorités locales, forces de l’ordre et société civile.
Le document insiste également sur la nécessité de rouvrir les routes nationales à travers des « corridors de vie », de relancer la production agricole, de mettre en place des programmes de réinsertion pour les déplacés et déportés, et de créer des juridictions spéciales de transition pour lutter contre l’impunité.
Des élections inversées et décentralisées
Sur le plan électoral, la CROSE et ses alliés proposent d’inverser la pyramide électorale en commençant par les élections locales, avant les législatives et la présidentielle. L’objectif est de restaurer la légitimité à la base et de réduire les tensions autour du pouvoir central.
Le projet prévoit un Conseil électoral non partisan composé de techniciens, un fichier électoral assaini, l’utilisation de la biométrie, ainsi qu’une décentralisation du dépouillement avec des centres de tabulation départementaux.
Transparence financière et nouveau pacte international
Enfin, le Réveil territorial appelle à une transparence financière radicale, à travers un compte unique de la transition, des audits en temps réel et l’application d’une règle des 40 %, garantissant qu’une part significative des investissements publics soit destinée aux départements hors de l’Ouest.
La CROSE plaide pour une redéfinition du rôle de la communauté internationale, axée sur l’assistance technique et le respect de la souveraineté nationale.
Un appel national et citoyen
À travers ce document, la CROSE et ses alliés lancent un appel aux citoyennes et citoyens, aux organisations intègres et aux partenaires nationaux et internationaux pour soutenir cette voie qu’ils qualifient de « souveraine et salvatrice », afin d’éviter un nouveau basculement du pays dans l’incertitude après le 7 février 2026.
