Ouanaminthe, Nord-Est/ Justice: Quand deux voix citoyennes brisent le silence autour de la justice. Entre lucidité juridique et diagnostic sociologique, Me Régulus Magnekell et le sociologue Lesly Périsse interpellent l’État sur une justice inaugurée, mais toujours absente. - ExplosionInfo

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Ouanaminthe, Nord-Est/ Justice: Quand deux voix citoyennes brisent le silence autour de la justice. Entre lucidité juridique et diagnostic sociologique, Me Régulus Magnekell et le sociologue Lesly Périsse interpellent l’État sur une justice inaugurée, mais toujours absente.

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Écrit par : Villardouin CERSINE; Journaliste d'investigation 
E-mail : cersine09@gmail.com 



Entre lucidité juridique et diagnostic sociologique, Me Régulus Magnekell et le sociologue Lesly Périsse interpellent l’État sur une justice inaugurée, mais toujours absente.

Ouanaminthe, Nord-Est , ce mardi 6 janvier 2026 – L’inauguration du Tribunal de Première Instance (TPI) de Ouanaminthe, présentée comme un symbole d’avancée institutionnelle pour le Nord-Est, continue de susciter interrogations et inquiétudes. Deux citoyens engagés, l’avocat Me Régulus Magnekell et le sociologue Lesly Périsse, livrent des analyses convergentes mais complémentaires, mettant en lumière les failles profondes de l’État haïtien et la vulnérabilité persistante de la justice dans le département.

Pour Me Régulus Magnekell, le dysfonctionnement du TPI ne relève ni du hasard ni d’un simple blocage individuel. L’homme de loi estime que le tribunal, bien qu’inauguré, reste non fonctionnel en raison d’une méconnaissance manifeste du fonctionnement de l’État par ceux qui prétendent le mettre en marche. Il dénonce notamment des actes autoritaires posés dès les premières démarches, comme l’expulsion illégale d’un juge de paix par un agent de l’Exécutif, en violation flagrante du principe de la séparation des pouvoirs.

Selon l’avocat, cette situation est aggravée par de graves irrégularités administratives. Il s’interroge sur la circulation d’une lettre de nomination non référencée, dépourvue de toute traçabilité administrative. Une telle pratique, souligne-t-il, fragilise l’institution judiciaire et expose les individus concernés à assumer seuls les conséquences d’actes posés sans base légale solide. Me Régulus Magnekell rejette également l’argument consistant à faire porter la responsabilité du blocage au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), rappelant que sans planification budgétaire, sans crédits disponibles et sans démarches financières appropriées, la nomination de juges demeure juridiquement inefficace.

De son côté, le sociologue Lesly Périsse élargit le débat en inscrivant le cas du TPI de Ouanaminthe dans une lecture structurelle. Pour lui, le désordre observé ne saurait être réduit à des conflits de personnes ou à des rivalités politiques locales. Il y voit avant tout l’expression d’un État affaibli, incapable de jouer son rôle de régulateur, de planificateur et de garant du respect des règles institutionnelles. L’inauguration d’une institution sans cadre administratif clair, sans planification budgétaire ni coordination entre les pouvoirs est, selon lui, le symptôme classique d’un État dysfonctionnel.

Le sociologue souligne que l’absence d’anticipation concernant les ressources humaines, les locaux conformes, la chaîne d’autorité et les moyens financiers révèle une gouvernance davantage tournée vers la communication politique que vers l’efficacité institutionnelle. Ce vide favorise, selon lui, des dérives multiples : initiatives sans mandat clair, interférences de l’Exécutif dans le Judiciaire, nominations sans traçabilité et dilution des responsabilités. Autant de pratiques incompatibles avec le fonctionnement d’un État de droit.


Au-delà du cas du Tribunal de Première Instance de Ouanaminthe, les analyses de Me Régulus Magnekell et de Lesly Périsse dressent un constat plus large et plus inquiétant : dans le Nord-Est comme ailleurs, la justice reste exposée aux improvisations, aux pressions et à la fragilité institutionnelle. Tant que l’État haïtien continuera de privilégier les inaugurations symboliques au détriment de la planification, du respect des règles et de la séparation des pouvoirs, la justice demeurera vulnérable, et les citoyens continueront d’attendre, tribunal après tribunal, l’effectivité d’un droit pourtant proclamé.

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