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Oubliés derrière les barreaux de la prison civile de Petit-Goâve, des dizaines de détenus croupissent sans jugement ou malgré l’expiration de leur peine. Dans un rapport alarmant, l’organisation Vision Haïtienne des Droits de l’Homme (VHDH) interpelle le ministère de la Justice et le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) sur un système en plein déni de droit.
En Haïti, la détention préventive prolongée reste une plaie ouverte, mais à la prison civile de Petit-Goâve, le dysfonctionnement atteint des sommets administratifs. La Vision Haïtienne des Droits de l’Homme (VHDH) tire la sonnette d’alarme : entre dossiers égarés et transferts sans suivi, la justice semble avoir déserté les lieux.
Des condamnés sans « ticket de sortie »
Le constat est d’autant plus absurde qu’il concerne même ceux dont le procès a déjà eu lieu. Sept détenus condamnés ne peuvent justifier de leur situation car leur « dispositif de jugement » — le document officiel attestant de la peine — n'est jamais parvenu au greffe de la prison.
Le cas de Madame Jeanty Irma est emblématique de cette impasse.
Selon la VHDH, elle aurait dû recouvrer la liberté le 2 octobre 2024. Pourtant, faute de papier officiel, elle demeure incarcérée, victime d'une administration fantôme.
La « déportation » judiciaire interne
L’autre volet du rapport concerne les détenus transférés depuis d’autres juridictions. Qu’ils viennent des Cayes (8 hommes depuis 2021), de Port-au-Prince (30 hommes depuis juillet dernier) ou d’Anse-à-Veau (22 hommes), le scénario est identique :
* Aucun suivi judiciaire depuis leur arrivée.
* Aucune visite des magistrats de leur juridiction d’origine.
* Une détention provisoire qui s'éternise sans date de procès à l'horizon.
Certains cas individuels frôlent l’oubli pur et simple. Lombré Manel, transféré depuis Miragoâne, n’a plus vu de juge depuis son audition en avril 2019. Plus de cinq ans de silence radio judiciaire.
Un appel à l'urgence
Pour la VHDH, ces situations ne sont pas de simples retards, mais des « violations graves » des conventions internationales et du droit haïtien. L'organisation exige des mesures immédiates :
* L'envoi sans délai des documents de jugement manquants.
* L'organisation d'audiences spéciales pour statuer sur les dossiers en souffrance.
* Une inspection urgente de l'établissement par les autorités du CSPJ.
Dans un pays où les centres carcéraux sont en proie à une surpopulation chronique et à des conditions sanitaires précaires, ce blocage administratif transforme la détention en une peine arbitraire et sans fin.
À noter : La VHDH rappelle que le droit à un procès équitable et le respect des délais raisonnables sont des piliers de l'État de droit, aujourd'hui vacillants à Petit-Goâve.
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