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Entre défaillance de l’État haïtien et violations systématiques des droits humains par la République dominicaine, la Plateforme Genre du Nord-Est dénonce une crise humanitaire sans précédent à la frontière et exige une intervention diplomatique d'urgence pour protéger les rapatriés vulnérables.
À Ouanaminthe,Nord-Est, la situation des migrants haïtiens vire au cauchemar humanitaire, une réalité que la Plateforme Genre du Nord-Est (PGNE) ne peut plus passer sous silence. Dans une note de plaidoyer urgente, l’organisation souligne que malgré le dévouement des structures locales, l’ampleur des déportations massives a désormais réduit à néant les capacités d’accueil communautaires, laissant des milliers de compatriotes livrés à eux-mêmes.
La coordonnatrice Me Jesula Blanc tire la sonnette d'alarme sur le retrait effectif des autorités, précisant que l'absence de l'Office National de la Migration (ONM) après 16h00 abandonne des dizaines de rapatriés à l'insécurité des rues.
Selon la PGNE, ce vide institutionnel force les migrants, notamment les hommes, à errer sans abri près du marché de charbon, où ils deviennent des proies faciles pour les agresseurs et les voleurs.
Les chiffres communiqués par la PGNE pour le seul mois de janvier 2026 font froid dans le dos, avec plus de 12 300 personnes enregistrées, dont une part alarmante de femmes enceintes, d'enfants non accompagnés et de personnes en situation de handicap. Me Jesula Blanc dénonce une gestion statistique qui cache une détresse humaine profonde, là où l’assistance internationale se réduit désormais aux cas jugés les plus « vulnérables ».
Sur le terrain, la PGNE fustige les méthodes brutales employées par les autorités dominicaines, décrivant de véritables « chasses aux Haïtiens » marquées par des arrestations humiliantes et des spoliations de biens.
L'organisation rapporte des scènes de déshumanisation où des migrants sont expulsés en sous-vêtements, dans un mépris total des conventions internationales sur les droits de l'homme.La situation des femmes est au cœur des préoccupations de Me Jesula Blanc, qui dénonce le traitement barbare réservé aux mères ayant subi des césariennes, parfois emprisonnées avec leurs nourrissons avant d'être jetées de l'autre côté de la frontière.
La PGNE souligne que ces femmes, affaiblies et traumatisées, se retrouvent souvent à la merci d'individus malveillants proposant de faux hébergements pour mieux les abuser.Face à ce qu'elle qualifie d'inertie coupable, la PGNE pointe directement la responsabilité de l'État haïtien dans l'absence de mécanismes de protection après 18h00 ou durant les jours fériés. Pour Me Jesula Blanc, le manque de fermeté diplomatique de la chancellerie haïtienne encourage la poursuite de ces rapatriements nocturnes et dangereux, qui mettent en péril la vie des plus fragiles.
La Plateforme Genre du Nord-Est alerte également sur les conditions de transport et de détention en territoire voisin, qualifiées d'inhumaines et d'insalubres. Dans son plaidoyer, la PGNE décrit des bus surchargés où le manque d'oxygène provoque des évanouissements, tandis que les centres de rétention dominicains deviennent des foyers de propagation de maladies en raison d'une hygiène inexistante.
Me Jesula Blanc insiste sur le fait que les organisations de la société civile, telles que le SJM ou le RFEO, ne peuvent indéfiniment se substituer aux obligations régaliennes de l'État. La PGNE se dit aujourd'hui essoufflée par la prise en charge de cas médicaux lourds, comme cette femme récemment expulsée huit jours après une opération chirurgicale, sans aucun suivi des autorités sanitaires nationales.
Pour mettre fin à cette hémorragie de la dignité, la PGNE exige la mise en place immédiate d'un mécanisme interinstitutionnel permanent de gestion de crise à la frontière de Ouanaminthe. Me Jesula Blanc appelle à une présence obligatoire de l'ONM 24h/24 et à l'ouverture de négociations diplomatiques formelles pour interdire les déportations le week-end et protéger les mineurs non accompagnés.
En conclusion de son réquisitoire, la PGNE rappelle que la protection des citoyens est une obligation constitutionnelle et morale que l'État ne peut plus ignorer. Me Jesula Blanc exhorte le gouvernement à agir avant que cette crise frontalière ne ternisse définitivement l'image du pays et n'aboutisse à une catastrophe humaine irréparable dans le département du Nord-Est.
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