Face à l'urgence climatique et à la surexploitation des ressources, le Groupe Féministe Févolté d’Haïti mobilise scientifiques, juristes et acteurs locaux dans le Nord-Est pour poser les bases d'une économie bleue durable et inclusive.
FORT-LIBERTÉ (Haïti) — Le mardi 22 juin 2026, la localité de Garde-Saline, située dans la deuxième section communale de Fort-Liberté, est devenue le centre névralgique des discussions sur l'avenir maritime d'Haïti. Un congrès départemental d'envergure s’y est tenu sous le thème : « Projet d’appui à la rentabilisation de la pêche artisanale au profit des pêcheurs et des commerçantes de produits halieutiques dans deux zones côtières du Nord-Est (Fort-Liberté et Ferrier) ».
Portée par le Groupe Féministe Févolté d’Haïti, cette initiative cruciale vise à sensibiliser la population locale tout en favorisant des échanges directs avec des experts du secteur. L'objectif est double : préserver des écosystèmes marins gravement menacés et garantir la souveraineté alimentaire des communautés côtières.
L'expertise au service de la résilience côtière.
Pour nourrir les débats, l'organisation a réuni un panel d'experts pluridisciplinaires, chacun apportant un éclairage spécifique sur les défis environnementaux actuels.
Mme Roseline Norelus, géographe et spécialiste en aménagement du territoire.
Elle a axé son intervention sur « Le rôle de la communauté et celui des femmes dans la préservation de la biodiversité marine, avec un accent particulier sur les espèces en voie de disparition ».
Focus Intervenante :Sur le terrain, Mme Norelus a insisté sur la cartographie participative des zones de reproduction des poissons. Selon elle, l’intégration des femmes dans la gouvernance des plages et des mangroves est le seul levier efficace pour freiner l'extinction des espèces endémiques locales, souvent victimes d'une méconnaissance des cycles de reproduction.
Me Peterson Monestime, professeur de droit de l’environnement (UEH)
Son exposé s'intitulait : « La protection des océans en Haïti : cadre légal et application ».
Focus Intervenant :Le juriste a dressé un bilan sans concession des faiblesses structurelles de l'État haïtien en matière de police maritime. Me Monestime a plaidé pour une refonte des textes législatifs datant du siècle dernier et a encouragé la création de comités de surveillance communautaires dotés d'un pouvoir de sanction pour pallier l'absence institutionnelle.
Mme Adeline Ménélus, ingénieure agronome.
Elle a abordé le sujet suivant : « La pollution marine : état des lieux et importance de l’implication des populations riveraines, particulièrement des femmes et des filles, dans la recherche de solutions durables ».
Focus Intervenante : Face à la prolifération des déchets plastiques qui asphyxient les récifs de Fort-Liberté, Mme Ménélus a proposé des alternatives économiques basées sur le recyclage. Elle a mis en avant des projets pilotes menés par de jeunes filles de la région, transformant les résidus collectés sur les rivages en engrais organiques ou en objets artisanaux.
Une impulsion féministe pour une économie durable.
Ingénieur Fania Finfin, coordonnatrice départementale du Groupe Féministe Févolté d'Haïti, a rappelé l'esprit de ce projet d'envergure. Selon elle, moderniser la pêche artisanale ne peut se faire au détriment de la nature. Une gestion rationnelle et responsable permettra aux pêcheurs d'améliorer leurs revenus tout en assurant aux marchandes de poissons — actrices clés de l'économie locale — un approvisionnement régulier, sécurisé et de meilleure qualité.
L'événement a également été marqué par une forte symbolique citoyenne. En marge des conférences, la journée a été rythmée par des activités communautaires : des compétitions de natation ont rassemblé la jeunesse locale, tandis que des opérations collectives de nettoyage des plages ont permis de redonner un second souffle au littoral de Garde-Saline.
Ce rassemblement s'est tenu en présence de figures institutionnelles majeures, notamment le directeur départemental de l'Environnement du Nord-Est ainsi que le directeur départemental de la Brigade de Sécurité des Aires Protégées (BSAP), M. Julmiste, témoignant de l'intérêt des autorités pour cette dynamique civile.
La parole aux acteurs du quotidien : les artisans de la mer.
Au cœur de ce congrès, les premiers concernés ont pu faire entendre leur voix et exprimer leurs attentes immédiates face à la crise écologique.
M. Pierre Antoine Jackson, pêcheur artisanal.
Présent dans les eaux de Fort-Liberté depuis plus de vingt ans, M. Jackson témoigne de la raréfaction quotidienne du poisson près des côtes. Pour lui, ce congrès est une lueur d'espoir, mais il réclame des équipements modernes, notamment des embarcations motorisées, pour pouvoir pêcher plus au large sans détruire les habitats côtiers fragiles.
Mme Roseline, vendeuse de poisson (Madan Sara halieutique.)
En tant que commerçante, Mme Roseline subit de plein fouet l'instabilité des prix et la mauvaise conservation des produits due au manque d'infrastructures frigorifiques. Elle espère que ce projet lui permettra d'accéder à des formations sur les techniques de salage et de séchage modernes, afin de réduire les pertes post-capture et stabiliser ses revenus familiaux.
M. Jean Denuis, pêcheur artisanal.
M. Denuis a profité de la tribune pour dénoncer l'usage persistant de filets non réglementaires par certains acteurs indépendants. Il réclame une solidarité renforcée entre les pêcheurs de Fort-Liberté et de Ferrier, estimant que la protection des océans passe d'abord par une autodiscipline stricte et un respect mutuel des périodes de repos biologique de la faune marine.
Ce projet d'appui à la pêche artisanale et à la biodiversité en Haïti est financé par le programme international Ocean Community Empowerment and Nature (OCEAN), avec le soutien technique et financier de l’agence britannique UK International.
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