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Alors que le ministère de la Santé multiplie en fanfare les nominations de directeurs médicaux dans les zones frontalières, les urgences des hôpitaux étouffent sous le poids d'arriérés de salaires abyssaux, de grèves à répétition et de lourds soupçons de népotisme. Enquête sur un système au bord de l'asphyxie où la politique semble primer sur le soin.
Fort-Liberté, Nord-Est----Le décorum des investitures officielles peine désormais à masquer la réalité du terrain dans le département du Nord-Est. Au cours de la semaine écoulée, le Directeur départemental de la Santé publique, le Dr Jean Clervain Dorsainvil, a orchestré une série d'installations de nouveaux directeurs médicaux, saluée par les canaux officiels comme une avancée majeure pour la région.
Parmi les visages de cette restructuration, le Dr Alix Davilmar, médecin de famille, prend ainsi les rênes du Centre de santé de Terrier-Rouge, avec la lourde tâche de redynamiser une structure de proximité essentielle. Dans les hauteurs plus isolées, la Dre Seïde Misly, gynécologue-obstétricienne, a été désignée pour diriger le Centre médico-social de la commune de Mont-Organisé.
Parallèlement, la direction du Centre de santé de Gens de Nantes a été confiée au Dr Joachim Cloridor, tandis que le Dr Edwin Augustin prenait officiellement ses fonctions à la tête de la structure sanitaire d'Acul-des-Pins. Ces mouvements de cadres interviennent dans un contexte de profonde méfiance de la population locale envers ses institutions.
Sur le papier, l'arrivée d'une spécialiste en gynécologie-obstétrique à Mont-Organisé répond à une urgence humanitaire et géographique flagrante. Cette affectation s'aligne directement sur les promesses du ministre de la Santé, le Dr Sinal Bertrand, qui affirme vouloir sanctuariser la santé maternelle et infantile.
L'objectif affiché par le gouvernement est de briser l'isolement des localités perchées dans les montagnes du Nord-Est, souvent coupées des grands axes routiers. En renforçant le Centre médico-social de Mont-Organisé, les autorités promettent enfin des soins obstétricaux et néonataux de proximité pour des milliers de femmes.
Pourtant,derrière l'optimisme des communiqués ministériels, le doute s'empare des observateurs de la vie publique haïtienne. Une question fondamentale brûle toutes les lèvres : ces nominations cosmétiques vont-elles réellement guérir un système de santé départemental profondément malade ?
La lune de miel des nouveaux directeurs risque en effet d'être de très courte durée face à la colère sociale qui gronde. Il y a quelques jours à peine, le Centre médico-social d'Ouanaminthe sortait tout juste d'une grève paralysante de deux mois, symbole du désarroi des professionnels.
Le personnel de cet établissement frontalier réclamait le paiement immédiat de dix à quinze mois d’arriérés de salaires, une situation intenable pour ces pères et mères de famille. Travailler sans être payé pendant plus d'un an est devenu le lot quotidien de ceux qui portent le système à bout de bras.
Dès lors, la pertinence de parachuter de nouveaux dirigeants interroge légitimement les syndicats et les collectifs de citoyens. Comment l’État peut-il justifier de nouvelles vagues de nominations prestigieuses alors qu'il s'avère incapable de rémunérer les soignants déjà en poste ?
Pour de nombreux praticiens, la réponse est purement politicienne, loin de toute logique d'efficacité de santé publique. On craint ouvertement que ces postes stratégiques ne soient devenus des monnaies d'échange pour s'acheter des loyautés dans une région frontalière hautement stratégique.
Le malaise est profond et dépasse la simple crise budgétaire pour toucher à la probité même des instances de décision régionales. Plusieurs médecins, infirmières et auxiliaires de santé du département brisent aujourd'hui le silence pour dénoncer des dérives managériales récurrentes.
Plusieurs médecins, qui se sont confiés au journal ExplosionInfo sous couvert d'anonymat, ont déclaré qu'ils préparent déjà une plainte qu'ils comptent déposer auprès de l'Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) afin de dénoncer des faits présumés de corruption au sein de la Direction départementale sanitaire du Nord-Est.
Ils affirment que des irrégularités et des pratiques qu'ils jugent contraires aux principes de bonne gouvernance persistent au sein de cette direction départementale.
De leur côté, plusieurs infirmières ont déclaré au micro du journal ExplosionInfo que l'État a versé plusieurs mois de salaire à certains employés, alors que de nombreuses autres personnes n'ont pas reçu un seul gourde.
Selon leurs témoignages, l'État refuse de rémunérer certains agents tout en procédant à des nominations de proches dans un système de santé déjà gravement malade.
Ces professionnels courageux pointent du doigt des pratiques de gouvernance opaque, aux antipodes des standards requis pour des services publics essentiels. Le favoritisme politique et les recrutements basés sur le clientélisme et l'influence territoriale semblent avoir remplacé le critère du mérite.
Le catalogue des accusations portées par le personnel soignant contre la Direction départementale sanitaire du Nord-Est est particulièrement lourd. Des cas présumés de corruption administrative, des nominations hors normes et des violations flagrantes des procédures légales sont évoqués à demi-mot.
Excédés par ce qu'ils qualifient de pillage organisé, les syndicats de soignants demandent désormais l'intervention des grands corps de contrôle de l'État. Ils réclament officiellement un audit financier et administratif complet de la part de l'Unité de Lutte Contre la Corruption.
Cette exigence de transparence est également adressée à l'Unité Centrale de Renseignements Financiers pour traquer d'éventuels flux d'argent illicites. Le personnel exige que la lumière soit faite sur des soupçons de vente de médicaments, de trafic de postes et de faux contrats au sein de la direction.
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