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Nord-Est : un centre d’urgence à l’abandon, symbole brûlant de l’État défaillant

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Écrit par: Villardouin CERSINE Journaliste d'investigation 
E-mail: cersine09@gmail.com 


Dans le Nord-Est d’Haïti, le Centre d’Opérations d’Urgence Départemental, censé être un pilier de la gestion des catastrophes, sombre dans la négligence. Bâtiments délabrés, employés impayés, absence totale de moyens : derrière les herbes envahissantes et les véhicules abandonnés, se dessine une faillite institutionnelle inquiétante, au moment même où les risques naturels exigent vigilance et préparation.


Fort-Liberté, Nord-Est,  ce vendredi 24 avril 2026-----Le constat est saisissant, presque irréel. Dans le Nord-Est d’Haïti, le Centre d’Opérations d’Urgence Départemental (COUD), pourtant essentiel en cas de catastrophe, est aujourd’hui laissé à l’abandon. Envahi par les herbes sauvages, rongé par le temps, le site donne l’image d’un État absent là où il devrait être le plus présent.

Ce lieu, censé coordonner les réponses face aux cyclones, incendies ou accidents majeurs, n’est plus que l’ombre de lui-même. Les bâtiments se dégradent lentement, tandis que dans la cour, des véhicules officiels, dont ceux du programme « Ede Pèp » de l’ancien président Michel Joseph Martelly, rouillent dans l’indifférence générale.

Derrière cette dégradation matérielle, une question s’impose avec force : l’État haïtien est-il encore capable de protéger ses propres infrastructures ? Car au-delà des murs fissurés, c’est bien une institution stratégique qui s’effondre, sans réaction visible des autorités compétentes.

Sur le terrain, la population observe, impuissante, la lente disparition d’un service public vital. L’existence même d’un directeur départemental de la Protection civile ne suffit plus à rassurer. L’absence d’initiatives concrètes pour réhabiliter et rendre fonctionnel le centre alimente un profond sentiment d’abandon.

À cette faillite structurelle s’ajoute une crise humaine. Une partie du personnel, autrefois rémunérée, n’a pas reçu de salaire depuis plusieurs mois. Cinq mois sans paiement, dans un contexte économique déjà précaire, fragilisent davantage des agents pourtant indispensables en situation d’urgence.

Plus préoccupant encore, d’autres travailleurs évoluent dans une précarité totale, sans statut officiel ni contrat. Leur engagement repose sur des interventions ponctuelles, rémunérées de manière irrégulière. Une situation qui interroge sur les pratiques administratives et la gestion des ressources humaines au sein de l’institution.
Recueillis sous anonymat par le journal ExplosionInfo, plusieurs employés témoignent de leur désarroi. Entre responsabilités familiales et absence de revenus, ils décrivent un quotidien marqué par l’incertitude et l’épuisement moral. Travailler sans salaire devient, pour eux, un dilemme aussi bien économique qu’humain.

Pourtant, les enjeux sont majeurs. Dans un pays exposé aux catastrophes naturelles, le rôle de la Protection civile est crucial. Mais comment assurer une gestion efficace des risques lorsque les infrastructures sont délabrées, les entrepôts vides et les équipes démobilisées ?

Le directeur départemental, Me Fleury Joanis, ne cache pas l’ampleur des difficultés. Chaque année, un plan d’action est élaboré et transmis aux autorités centrales, sans résultat concret. Faute de moyens matériels – équipements, matelas, nourriture – et même d’un espace correctement aménagé, le COUD du Nord-Est se retrouve aujourd’hui incapable de remplir sa mission. Une situation qui, au-delà de l’indignation, appelle une réponse urgente et structurée des pouvoirs publics.

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