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À l’occasion du 89e anniversaire du massacre de 1937, la coordonnatrice de la Plateforme Genre du Nord-Est (PGNE), Jésula Blanc, appelle les autorités haïtiennes à tirer les leçons de cette tragédie historique et à renforcer les mécanismes de protection des Haïtiens, notamment dans les zones frontalières. Elle plaide pour une diplomatie plus active, des services consulaires fonctionnels et une meilleure anticipation des crises, tout en rejetant toute logique de confrontation entre les peuples haïtien et dominicain.
À l’occasion du 89e anniversaire du massacre de 1937, la coordonnatrice de la Plateforme Genre du Nord-Est (PGNE), Jésula Blanc, appelle à faire de la mémoire de cette tragédie un outil de défense des droits humains et de prévention des crises.
Dans un message adressé aux citoyens haïtiens, aux familles des victimes, aux organisations de femmes et de la société civile, ainsi qu’aux populations vivant dans les zones frontalières, Jésula Blanc estime que la commémoration ne doit pas se limiter au souvenir des victimes.
« Avons-nous véritablement tiré les leçons de notre histoire ? », s’interroge-t-elle.
Le massacre de 1937 demeure l’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire des relations entre Haïti et la République dominicaine. Des milliers de personnes identifiées comme haïtiennes avaient alors été victimes de violences dans le cadre d’une campagne de répression menée notamment dans les zones frontalières.
Pour la PGNE, la commémoration de cet épisode ne doit toutefois pas alimenter l’hostilité envers la population dominicaine.
« Commémorer 1937 ne signifie pas alimenter la haine envers le peuple dominicain. C’est un devoir de mémoire », affirme Jésula Blanc, qui insiste sur la nécessité de défendre la dignité humaine et les droits fondamentaux.
La frontière au cœur des préoccupations
Selon la responsable de la PGNE, la mémoire de 1937 doit également être mise en perspective avec les difficultés auxquelles sont confrontés aujourd’hui certains ressortissants haïtiens en République dominicaine.
Elle évoque notamment des accusations de discrimination, de mauvais traitements, d’arrestations, de détentions et d’expulsions visant des migrants haïtiens. Des préoccupations concernant le traitement des migrants haïtiens et certaines expulsions ont également été exprimées par les Nations unies.
Pour Jésula Blanc, ces situations relèvent directement de la protection des droits humains.
Elle estime que les mauvais traitements infligés à une personne en raison de sa nationalité, la séparation de familles dans le cadre de procédures migratoires ou encore l'expulsion d'une personne sans respect de ses garanties procédurales doivent faire l’objet d’une attention particulière.
La responsable de la PGNE appelle également à une meilleure protection des enfants, des femmes et des personnes vulnérables arrivant dans les zones frontalières.
« Un État préparé » et une diplomatie plus active
Face à ces enjeux, Jésula Blanc appelle l’État haïtien à renforcer ses capacités d’intervention.
La PGNE réclame notamment une diplomatie plus active, des services consulaires fonctionnels, des mécanismes permettant de protéger rapidement les ressortissants haïtiens et une politique frontalière accordant une place centrale aux droits humains.
Pour la coordonnatrice, les autorités ne doivent pas attendre qu’une crise éclate pour mettre en place des réponses.
Elle rappelle que l’histoire des relations entre Haïti et la République dominicaine a déjà montré l’importance du dialogue et des mécanismes bilatéraux. Après les événements de 1937, les deux pays avaient conclu plusieurs accords portant notamment sur des questions liées à la frontière, à l’admission et au rapatriement.
Près de neuf décennies plus tard, la PGNE estime que les deux pays doivent aller au-delà des déclarations et disposer de mécanismes diplomatiques « forts, structurés, continus et préventifs ».
Le précédent du canal de Ouanaminthe
Dans son message, Jésula Blanc cite également les tensions liées au canal de Ouanaminthe, estimant que cet épisode a illustré la manière dont une question frontalière peut rapidement prendre une dimension nationale, diplomatique et sécuritaire.
Pour elle, les autorités doivent être en mesure d’anticiper les crises plutôt que d’y répondre dans l’urgence.
« C’est avant la crise qu’il faut se préparer », souligne-t-elle, appelant à tirer les enseignements du massacre de 1937, des différentes crises frontalières et de l’expérience des migrants haïtiens.
La responsable de la PGNE considère que « le silence, l’improvisation et l’absence de préparation » ne peuvent constituer une politique d’État.
« La paix ne signifie pas oublier »
Tout en appelant au renforcement de la protection des Haïtiens, Jésula Blanc insiste sur la nécessité de préserver les relations entre les deux peuples.
« La PGNE ne demande pas un conflit entre le peuple haïtien et le peuple dominicain », affirme-t-elle, avant de préciser que l’organisation demande « le respect, la dignité, la protection, le dialogue diplomatique et la responsabilité de l’État ».
La frontière, selon elle, ne doit pas être considérée uniquement comme une ligne séparant deux pays, mais également comme un espace où les droits humains doivent être protégés.
« Nous voulons vivre en paix avec le peuple dominicain. Mais la paix ne signifie pas oublier », affirme la coordonnatrice.
Elle ajoute que la paix ne doit pas être assimilée à l’acceptation de l’humiliation ou au silence face aux abus, mais qu’elle doit reposer sur la justice, le respect et des mécanismes capables de prévenir une répétition des violences.
Transformer la mémoire en engagement
À l’occasion de cette commémoration, la PGNE affirme vouloir préserver la mémoire des victimes sans transformer leur histoire en instrument de haine ou de vengeance.
« Nous ne transformerons pas leur douleur en haine. Mais nous transformerons leur mémoire en engagement », déclare Jésula Blanc.
Cet engagement, poursuit-elle, doit notamment porter sur les droits humains, la protection des femmes et des enfants, les migrants, les populations vivant dans les zones frontalières et le renforcement de la diplomatie haïtienne.
La responsable appelle également à la mise en place d’un État capable d’anticiper les crises et de disposer rapidement d’informations fiables sur les situations qui surviennent à la frontière.
« 1937 ne doit pas être seulement une date dans le calendrier. 1937 doit être une leçon pour l’État, une leçon pour la société et une leçon pour les générations futures », estime-t-elle.
S’adressant aux victimes et à leurs familles, Jésula Blanc affirme que leur mémoire doit rester présente dans l’histoire nationale.
Elle appelle enfin les autorités haïtiennes à « préparer » et « protéger » leurs citoyens, à renforcer la diplomatie et les mécanismes frontaliers et à éviter qu’une nouvelle tragédie ne contraigne l’État à agir dans l’urgence.
Au peuple haïtien, elle adresse un dernier appel : « Souvenons-nous sans haïr. Défendons nos droits sans chercher la vengeance. Demandons justice sans appeler à la violence. »
Pour la PGNE, la commémoration du 89e anniversaire du massacre de 1937 doit ainsi être l’occasion de préserver la mémoire des victimes tout en renforçant les mécanismes de protection des populations et de prévention des crises.
1937-2026 : 89 ans après, la mémoire demeure vivante.
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