Ouanaminthe sous tension : les agents de la BSAP réclament des mois de salaire impayé. - ExplosionInfo

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Ouanaminthe sous tension : les agents de la BSAP réclament des mois de salaire impayé.

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Insécurité 
Écrit par : Villardouin CERSINE Journaliste d'investigation 
E-mail : cersine09@gmail.com 



Le centre-ville de Ouanaminthe a été, ce mardi 2 décembre, le théâtre d’un mouvement de protestation mené par des agents de la Brigade de sécurité des aires protégées (BSAP). Au cœur de cette mobilisation spectaculaire : la revendication d’arriérés de salaire accumulés depuis plusieurs années, une situation qui, loin d'être un incident isolé, est un symptôme criant de la désorganisation et de la faillite de l’État haïtien.


Ils ont parcouru plusieurs rues de la ville de Ouanaminthe, dans le Nord-Est d’Haïti, avec de grosses armes à la main, des pancartes réclamant avec une légitime désespérance : « Il faut payer la BSAP, nous avons des familles à nourrir, nous devons aller à l’hôpital, cela fait plusieurs mois que nous ne touchons rien. » Le spectacle d'agents lourdement armés manifestant pour des raisons sociales est en soi un signal d'alarme terrifiant sur l'effritement de l'autorité étatique et le risque de voir ces forces de l'ordre basculer dans une précarité dangereuse.


Les agents de la BSAP ont déclaré qu’il s’agit du plan A, et qu’un plan B suivra si l’État ne répond pas à leurs revendications. Cette menace, prononcée par des hommes qui détiennent la force coercitive, ne peut être ignorée. Elle met l'État face à ses responsabilités : le désengagement salarial est un terreau fertile pour l'indiscipline et les dérives, transformant potentiellement des protecteurs en facteurs d'insécurité.
Ils se sont rendus sur le site de construction de canal sur la rivière massacre, où ils ont donné une conférence de presse pour demander à l’État haïtien de les prendre en charge et de les payer, affirmant qu’ils accomplissent un travail important pour la population. Si la protection des aires protégées est vitale, la mise en scène de cette revendication sur un site d’importance stratégique souligne la gravité de leur situation et leur capacité à perturber l'ordre public pour se faire entendre.
Le journal Explosioninfo a parlé avec plusieurs citoyens de la ville de Ouanaminthe. Certains affirment que oui, l’État devrait les payer, car ils travaillent réellement. L'existence de cette reconnaissance locale est essentielle, car elle valide leur mission et la nécessité d'une structure de garde forestier, même si l'institution est décriée.

D’autres disent ne pas voir le travail de la BSAP ; selon eux, cette institution crée plus de problèmes qu’elle n’en résout. Certains se demandent si l’État a réellement les moyens de payer la BSAP, et si celle-ci figure dans le budget national. Cette suspicion sur leur utilité et leur financement révèle un problème de légitimité qui s'ajoute à leur précarité salariale, posant la question fondamentale de la pérennité de cette institution.


Ainsi, il y a des optimistes et des pessimistes face à cette manifestation des agents de la BSAP, qui réclament plusieurs mois de salaire. Cette division au sein de la population est le reflet direct de la double face de la BSAP : une entité théoriquement noble mais dont les actions sur le terrain sont de plus en plus sujettes à caution.


L'indignation des agents est justifiée sur le plan humain, mais elle soulève une interrogation plus large sur l'efficacité réelle de cette brigade. La mission de la BSAP est cruciale pour l'environnement, mais quelle part de leurs activités est réellement consacrée à la protection des parcs et des réserves ? L'opinion locale, partagée, laisse entendre que la présence des agents est souvent ressentie dans d'autres sphères que la seule surveillance écologique, créant une confusion des rôles néfaste à leur image.

L'existence d'une force de sécurité parallèle à la Police Nationale d'Haïti (PNH), peu encadrée et sous-payée, a toujours été un point de friction. Des observateurs avisés craignent que la BSAP ne soit qu'un instrument politique, activé ou désactivé selon les besoins du pouvoir en place, notamment dans les régions frontalières. Le fait de laisser ces agents dans la misère salariale est une façon de les maintenir vulnérables à toute forme de clientélisme ou de manipulation.


La manifestation avec « de grosses armes à la main » est une escalade qui ne peut être banalisée. Il s'agit d'un enjeu de sécurité nationale. Le contrôle de ces armes, et la psychologie des hommes qui les portent sans recevoir leur dû, doit préoccuper au plus haut point l'état-major de la PNH et les autorités gouvernementales. Une force de l'ordre en rébellion, même pour des salaires, menace l'équilibre précaire du pays.


La BSAP a été créée pour être le fer de lance de la lutte contre la déforestation et la protection de la biodiversité. Cependant, leur visibilité est aujourd'hui davantage liée à des conflits sociaux et des allégations de dérives qu'à des succès environnementaux majeurs. Ce glissement de mission illustre l'échec d'une politique publique qui n'a pas su donner les moyens logistiques et financiers à ses ambitions écologiques.
Il est facile de critiquer l'usage de la force, mais il faut entendre le cri de détresse : « nous avons des familles à nourrir, nous devons aller à l’hôpital ». Ce n'est pas une simple revendication pécuniaire, c'est une urgence humanitaire. L'État qui impose à ses propres fonctionnaires armés de choisir entre nourrir leurs enfants et payer des soins de santé est un État qui faillit à son devoir le plus élémentaire envers ceux qu'il est censé employer.


Le « Plan B » évoqué par les agents est la matérialisation d'une menace de déstabilisation. Dans un pays où la ligne entre la légalité et l'illégalité est souvent floue, cette déclaration est un avertissement sérieux. Elle suggère que si l'État ne s'acquitte pas de ses dettes, ces agents pourraient chercher d'autres moyens, possiblement illicites, pour subvenir à leurs besoins, franchissant ainsi le seuil du banditisme armé.


En fin de compte, la crise de la BSAP n'est qu'un miroir de la précarité généralisée en Haïti. Qu'il s'agisse de la justice, de l'éducation ou de la sécurité, toutes les structures étatiques sont rongées par le sous-financement chronique, les arriérés de salaire et l'absence de vision à long terme. La manifestation de Ouanaminthe est le cri d'une institution, mais aussi le cri d'une nation en lambeaux.


La population du Nord-Est est régulièrement témoin et victime de l'impunité de certains agents. Des informations crédibles circulent, pointant du doigt des cas où la police a été contrainte d'arrêter des membres de la BSAP pour des actes de vol de bœufs, un comble pour des agents censés protéger la faune et la flore. De même, les allégations de tirs sur des personnes, d'abus d'autorité et d'exactions sont légion, transformant la brigade en une force de terreur pour certains. L'État a beau ignorer les revendications salariales, il ne peut ignorer la criminalité au sein de ses rangs. Le laisser-aller dans le paiement des salaires couplé à cette indifférence face aux dérives criminelles confère à la BSAP dans le Nord-Est l'image d'une milice incontrôlable opérant sous le couvert de l'État. En laissant pourrir la situation, l'État haïtien ne fait pas que mépriser ses employés ; il cautionne, par son inaction et son silence, une zone de non-droit où des hommes armés et désespérés deviennent les nouveaux bourreaux de la population qu'ils devraient servir. Il est temps de démanteler ou de réformer en profondeur une institution dont les abus locaux sont devenus plus visibles et plus dangereux que sa mission initiale.

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