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Ouanaminthe, Nord-Est / Justice : La guerre des robes noires fait trembler la justice frontalière.

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Écrit par: Villardouin CERSINE Journaliste d'investigation 
E-mail: cersine09@gmail.com 

Alors que le nouveau Tribunal de Première Instance (TPI) peine à stabiliser son autorité, l’émergence de deux structures concurrentes revendiquant la légitimité du Barreau plonge la juridiction dans un imbroglio juridique sans précédent.Cette situation oppose une instance déjà reconnue par la Fédération des Barreaux d’Haïti (FBH) à un comité dissident qui exige une refonte démocratique du système.


Ouanaminthe, Nord-Est, ce samedi 4 avril 2026 — La ville frontalière de Ouanaminthe est aujourd’hui le théâtre d’une lutte de pouvoir feutrée mais féroce. Au cœur du litige : la création du Conseil de l'Ordre des avocats, une institution pivot pour le fonctionnement du nouveau TPI de la juridiction.


S'appuyant sur la Constitution haïtienne de 1987, amendée le 9 mai 2011, sur l’arrêté du 4 septembre 2024 portant création du TPI de Ouanaminthe, ainsi que sur le décret du 29 mars 1979 relatif à la profession d’avocat, un premier groupe de juristes a procédé à la mise en place d'un Conseil de l’Ordre.
À l'issue d'un vote en assemblée, les membres suivants ont été désignés :
 Me Justafort Mompremier, Bâtonnier a.i. ;
 Me Gerald Jean Charles, Secrétaire ;
 Me Odède Jules, Trésorière.
Ce Conseil se présente comme l’unique autorité légitime pour régir la profession dans la zone. 


Dans une interview accordée au journal Explosion Info, Me Justafort Mompremier a tenté de jouer la carte de l’apaisement. Prônant « la paix, l’unité et le respect mutuel », le Bâtonnier a invité les voix discordantes à converger vers un objectif commun, tout en affirmant rester ouvert au dialogue pour assurer le développement de l’institution.

 Un paradoxe institutionnel
Pourtant, cette légitimité est loin de faire l'unanimité. Le magistrat Garry Paul Angrand, président de la Cour d’appel du Cap-Haïtien, a jeté un pavé dans la mare en dénonçant l’utilisation « irrégulière » du titre d’avocat au Barreau de Ouanaminthe, affirmant qu’aucune structure de ce type n'est encore légalement fonctionnelle.

Ce constat de droit se heurte toutefois à une reconnaissance institutionnelle de poids : la 
Fédération des Barreaux d’Haïti (FBH) a officiellement inclus ce Barreau et son Bâtonnier, Me Mompremier, dans sa liste des conseils d’administration pour la période 2025-2027. Ce décalage crée un véritable paradoxe administratif entre les instances locales et nationales.

Face à ce qu’ils considèrent comme un fait accompli, un second groupe d'avocats a décidé de passer à l’offensive. Ce samedi 4 avril 2026, ils se sont réunis au siège du TPI de Ouanaminthe pour jeter les bases d’un comité de pilotage concurrent
Menée par des figures telles que Me Joseph Edgar Dumay, Me Joseph Saintilma, Me Jean Jocelyn et Me Rousseau Cheristil Celucsa, cette initiative vise à organiser une assemblée générale constitutive jugée plus transparente. Pour ces frondeurs, l’autonomie et la déontologie ne peuvent être garanties sans une base élective solide.

« Un tribunal sans barreau n’est pas véritablement un tribunal », a martelé Me Joseph Edgar Dumay, soulignant l'irréversibilité de leur démarche.

 Toutefois, le professeur Dumay, également membre de la commission de médiation, a affiché un certain optimisme. Il a annoncé que la commission réunira les deux parties dans une quinzaine de jours afin de trouver une issue commune qui n'écarterait aucun avocat.

 Une justice en otage ?
L’enjeu est de taille. Pour les contestataires, le dialogue est « la plus grande arme » pour bâtir une société de droit. Ils insistent sur le fait que la solidité de l’institution doit primer sur les ambitions personnelles.

Pendant ce temps, dans les rues de Ouanaminthe, l’incompréhension domine. Les citoyens s’interrogent : s’agit-il d’une quête d’intégrité juridique ou d’une simple bataille d’egos risquant de paralyser l'accès à la justice ? L'unification des deux camps semble être l'unique issue pour doter la ville d'un barreau crédible. En l'absence de compromis, les justiciables de Ouanaminthe pourraient rester longtemps dans cette « zone grise » juridique.

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